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Eric Jalton est député de la Guadeloupe et maire des Abymes, la commune la plus peuplée de la Guadeloupe qui compte plus de 60.000 habitants. Son père fut également maire des Abymes durant de nombreuses années, et c'est adolescent, lors de la première campagne présidentielle de François Mitterrand, qu'il a pris réellement goût à la politique. Après des études en métropole où il obtient un diplôme de dentiste, il rentre au pays, dans sa ville natale et se lance dans la politique. D'abord conseiller régional puis général, il est élu député de la Guadeloupe. Au cœur de l'actualité durant le mouvement social du LKP (n.d.t : Lyannaj Kont Profitasyon, c'est-à-dire Groupement Contre l'Exploitation) au début de l'année, il nous livre ses réflexions à propos de la rentrée sociale en Guadeloupe.
LGE: Durant le mouvement social du début d'année, vous avez été un des hommes politiques à soutenir le LKP, qu'en est-il aujourd'hui?
Eric Jalton: Je confirme mon soutien à ce mouvement, nous avons eu à faire à un mouvement social de fond, avec pratiquement toutes les organisations syndicales et forces associatives défendant les intérêts de la population, donc j'ai estimé que c'était l'occasion pour faire avancer les choses et qu'il fallait soutenir ce mouvement, ne pas avoir peur. Car c'est un mouvement pacifique et il fallait l'accompagner, c'est ce que j'ai fait.
LGE: Est-ce que ce mouvement, selon vous, a changé quelque chose pour la Guadeloupe?
Eric Jalton: Je pense que les choses ne seront plus comme avant. Nous avons pris un peu plus encore conscience des souffrances d'une certaine population. Des problèmes que nous connaissions peut-être déjà, mais qui ont été mis en évidence avec acuité, par ce mouvement social, c'est quand même une grande majorité de la Guadeloupe qui se sentait lésée, revendicatrice en tout cas. Tout le monde s'est senti concerné, ce mouvement a connu une période où il a vraiment été plébiscité par la population. Ce mouvement social a obtenu des avancées concrètes pour la Guadeloupe, en terme de pouvoir d'achat, sur le prix de l'eau, les transports publics, le prix des loyers, l'essence. Il est vrai que 44 jours de grève, ajoutés à la crise internationale qui émergeait, ne pouvait rien arranger. De là à dire que c'est le mouvement LKP qui a provoqué les problèmes qu'on connaît aujourd'hui, les licenciements et les fermetures d'entreprise, c'est aller un peu vite en besogne. Je pense que les choses sont partagées et que le blocage de l'économie effectivement ajouté à un mouvement international de fond n'a pas épargné la Guadeloupe, comme elle n'a pas épargné la France, où il n'y a pas eu de mouvement de ce type, et pourtant il y a des licenciements à tour de bras.
LGE: Comment voyez-vous cette rentrée sociale?
Eric Jalton: Il y aura peut-être des mouvements sporadiques par-ci par-là, mais pas de mouvement de fond. La population n'est pas prête à se mobiliser comme au début de l'année, même si elle n'a pas abandonné les idées qui l'ont fait se mobiliser.
LGE: Dans le contexte actuel, comment préserver à la fois la santé des entreprises et garantir le pouvoir d'achat des guadeloupéens?
Eric Jalton: Quand les entreprises augmentent leurs coûts de production, il est vrai que cela diminue d'autant leurs marges et les possibilités d'investissement, ainsi que le maintien dans une économie déjà difficile car insulaire. C'est peut-être contradictoire, mais on est bien obligé de mener les deux de front, je pense qu'il faut voir les choses globalement, augmenter le pouvoir d'achat dans une économie micro-insulaire, cela est aussi une forme de relance de l'économie. C'est ceux-là même qui, en augmentant les salaires et en réduisant les prix, vont bénéficier d'un surplus de consommation généré par ce nouveau pouvoir d'achat.
LGE: Dans le monde dans lequel nous évoluons maintenant, pensez-vous qu'il faut plus de solidarité?
Eric Jalton: Oui, nous sommes condamnés à développer des solidarités au pluriel. C'est une question de survie. Si nous ne le faisons pas, on va se heurter à des crises sociales suscitées par la désespérance de ceux qui se retrouvent sur le bord du chemin, une société à deux, trois ou quatre vitesses n'est pas viable. Il nous faut développer une politique de solidarité, que ceux qui ont, puissent partager avec ceux qui n'ont pas. Rajouté à cela, le problème de l'écologie, ce sont deux enjeux majeurs qui sont éminemment liés. C'est pourquoi, il faut une plus grande solidarité et un meilleur partage des richesses accompagnés de la protection de notre écosystème. La croissance ne doit pas être une fin en soi, on doit avoir une croissance intelligente, qui doit générer des avancées sociales, en termes d'emploi, d'insertion, de logement, etc.
LGE: Que pensez-vous des Etats Généraux proposés par l'Etat, y avez-vous participé, et pensez-vous que cela va dans le bon sens?
Eric Jalton: En tant que maire des Abymes, j'ai aidé dans la logistique, en mettant par exemple à disposition des salles, mais je n'ai pas voulu participer personnellement pour que les choses ne soient pas ambigües, car j'ai ressenti cela comme une récupération politique. L'état a voulu faire sa propre consultation, et dépasser en quelque sorte le mouvement social. Ce qu'on peut espérer est que cela va déboucher sur des avancées concrètes, en termes de lois et de règlements, et pas seulement sur des rapports.
LGE: Demeurez-vous confiant dans l'état français?
Eric Jalton: Cela dépend, confiance dans la France ou dans ce gouvernement ? Dans ce gouvernement, pas spécialement, car ces orientations ne sont pas les miennes, et je ne partage pas ses conceptions idéologiques. La France, celle de la colonisation, de l'esclavage, de la collaboration avec son cortège d'horreurs, non celle-ci je ne l'aime pas. Mais la France généreuse, émancipatrice oui, celle-ci j'y crois, la France de la Révolution française, de l'abolition de l'esclavage, la France des congés payés, des avancées sociales, du Front Populaire, la France qui a décolonisé, oui celle-ci j'y crois et je m'y ressource.
Eric Jalton est un homme qui se définit avant tout comme un progressiste guadeloupéen, démocrate, républicain et écologiste. Il a été élu maire des Abymes en 2008 et est député de la première circonscription depuis 2002.
Écrit par Marion Castelli, La Grande Époque Guadeloupe 07-09-2009
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